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Qu’est ce qu’une évaluation d’école ?

Présentation et analyse du dispositif tel qu’il est mis en place dans le Val d’Oise. (Document réalisé dans le cadre d’une UE de master 2 (Éducation et formation, parcours formation de formateur) ; UE intitulé "Cadres, dispositifs et enjeux de formation")

Qu’est ce qu’une évaluation d’école ?

Dispositif national de formation, expérimenté dans le Val d’Oise depuis 2011, visant à la cohérence de l’enseignement dans un groupe scolaire.

SOMMAIRE : cliquer sur les titres pour accéder aux différentes parties de l’article

Présentation du cadre institutionnel : circulaires, loi d’orientation, rapports...

Objectifs du dispositif

Conception du dispositif

Protocole de l’évaluation d’école

Mise en œuvre du dispositif

Évaluation du dispositif mis en place dans le Val d’Oise

Analyse du dispositif

Pour aller plus loin...

 

 

1.LE CADRE INSTITUTIONNEL

- Dans la circulaire n° 2009-064 du 19-5-2009 adressée aux recteurs des académies, il est redéfini les missions des corps d’inspection (remplace la note de service N°2005-089 du 17-6-2005) : « Les corps d’inspection se voient confier prioritairement, par l’autorité académique, des missions contribuant à l’amélioration constante de l’acquisition par les élèves des savoirs et compétences définis par les programmes pour les différents niveaux d’enseignement. ». L’inspection individuelle continue d’exister, mais, toutefois, l’évaluation d’équipe est une forme d’intervention qui vient désormais placer l’inspection individuelle dans une perspective de véritable pilotage pédagogique. Il est également précisé dans cette circulaire que « les corps d’inspection ont le devoir de conseiller les professeurs, d’impulser et d’encourager les « bonnes pratiques ». L’expertise déployée dans ce cadre s’exerce à l’échelle de la classe, de l’école ou de l’établissement (...) ».

 

L’évaluation d’école prend ses racines dans d’autres textes, circulaires et rapports officiels qui analysent, jugent l’inspection telle qu’elle est pratiquée et proposent des alternatives :

- La loi d’orientation n° 89-486 du 10 juillet 1989. « Ils enseignants travaillent au sein d’équipes pédagogiques » 

- Rapport Monteil (1999). La distinction, par exemple, entre évaluation sommative et évaluation formative, est une source de réelles difficultés. En effet, la première a pour but de fournir un bilan (la situation du professeur) et de concourir à une décision (promotion au choix ou pas, passage ou non à la hors classe), la seconde a pour finalité d’informer l’enseignant sur l’état de ses méthodes didactiques ou pédagogiques et donc de lui permettre d’en corriger ou d’en modifier le cours. Dans la réalité, on assiste à une confusion des deux, voire à une contamination de l’évaluation formative par l’évaluation sommative.

- L’évaluation d’école existe en expérimentation depuis 2001 en Maine et Loire et en Hautes Alpes notamment. http://05.snuipp.fr/spip.php?article17

-  Avis du Haut Conseil d’évaluation de l’éducation n°4 janvier-février 2002. Ce dernier assignait à l’évaluation des personnels quatre objectifs : « contrôler la qualité du système éducatif et l’améliorer … »

« conseiller, guider, aider et permettre une réflexion individuelle et collective sur les pratiques enseignantes… »

« encourager et faciliter des parcours à la fois positifs et valorisants pour les personnes et utiles à l’atteinte des objectifs de l’École »

« reconnaître et valoriser l’effort et la réussite … »

- Le livre vert des enseignants 2008 (commission Pochard). « Deuxième carence d’ordre qualitatif : l’évaluation. Il n’existe pas d’évaluations collectives des enseignants ou des établissements. Ce n’est pas dans la culture française, contrairement à ce que l’on constate à l’étranger ».

« La formation continue n’est pas organisée pour constituer une réponse à des besoins de formation clairement identifiés par l’agent et l’institution ».

 

Tous les rapports cités précédemment soulignent les limites de l’inspection individuelle telle qu’elle est pratiquée en France. Limites au regard des acquis des élèves, à la remobilisation des équipes d’école, à l’évaluation du système, et à la recherche de paramètres qui peuvent expliquer un déficit de résultats ou une réussite particulière.

À part la circulaire n° 2009-064 du 19-5-2009 qui place l’évaluation d’équipe comme une priorité, aucun texte officiel ne vient cadrer cette pratique. Il n’y a pas en France (à la différence de l’Angleterre), par exemple, de vision clairement stabilisée de la méthode d’évaluation à utiliser. On ne connaît pas ce qui s’expérimente dans d’autres académies ou d’autres pays.

La question du travail en équipe est prônée par les instructions officielles mais, malgré les rapports et les injonctions ministérielles, n’a pas débouché sur une refonte du système d’évaluation. Des expérimentations sont menées ça et là (Hautes-Alpes par exemple), initiées par des Inspecteurs d’académie qui ont mis en place un passage de l’inspection individuelle vers une évaluation formative d’équipe d’école. Dans le Val d’Oise, cette forme d’inspection a été mise en place sur une ou deux écoles par circonscription depuis cette année 2011-2012.

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2. LES OBJECTIFS VISÉS

Le protocole de l’évaluation d’école doit permettre de s’inscrire dans une dynamique de progrès allant au-delà d’une somme d’engagements individuels. Il est présenté (dans le Val d’Oise) par les inspecteurs « comme un audit à visée participative ».

L’enseignant y est acteur et non pas sujet de l’évaluation d’école. Il s’agit d’interroger :

- la cohérence du cadre pédagogique dans l’école, le cycle

- la progressivité des apprentissages

- la personnalisation du parcours des élèves

Ceci dans le but d’apporter une aide aux enseignants pour favoriser l’analyse et la régulation de ce fonctionnement et leur permettre de s’approprier des méthodes pour optimiser les enseignements et le travail en équipe.

Cette aide est constituée :

- de temps de formation à l’issue de l’évaluation d’école

- de liens entre les constats, les observations et les actions possibles

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3. CONCEPTION DU DIPOSITIF

Le protocole mis en place est le même dans tout le département : les inspecteurs se sont mis d’accord. D’un département à l’autre le cadre général reste identique, seules quelques différences peuvent apparaître :

- la place des parents

- la place du directeur dans le dispositif (intégré ou non dans certaines visites de classes)

- la place des inspections individuelles (avant, après au choix des enseignants)

- la place des Conseillers Pédagogiques de Circonscription dans les visites, avec ou sans les inspecteurs

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4. PROTOCOLE DE L’ÉVALUATION D’ÉCOLE

- contact préalable : recueil de données et familiarisation de l’équipe enseignante avec le dispositif

- auto évaluation et définition des axes d’observation

- observations in situ, visites de classes en fonction des axes définis restitution orale et individuelle après la visite

- restitution collective, préconisations et perspectives de formation formation

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5. MISE EN ŒUVRE DU DISPOSITIF

Public  : « désigné volontaire », écoles élémentaires ou écoles primaires

Contenus : pratiques de classes en fonction des axes d’observation retenus

Objectif  : changement de pratiques pour répondre aux besoins des élèves

Modalités de travail :

 

RÉUNIONS PRÉPARATOIRES

-  réunion d’équipes de circonscription : présentation du dispositif par les IEN, choix de l’école de la circonscription (outil d’analyse utilisé : tableau de bord avec milieu social de l’école, axes du projet d’école, stabilité enseignante dans l’école, retards scolaires des élèves, nombre de Projets Personnels de Réussite Éducative, nombre d’élèves suivis par le Réseau d’Aide et de Soutien aux Élèves rencontrant des Difficultés, résultats aux évaluations départementales C. P., nationales C.E. 1 et C.M. 2).

- 1ère rencontre direction/équipes de circonscription : présentation du dispositif par l’Inspecteur de l’Éducation Nationale (cadre institutionnel, calendrier), présentation de l’école par la direction (implantation de l’école dans la ville, secteur par rapport à la circonscription, configuration des classes, résultats aux évaluations, dispositifs d’aide mis en place, projet d’école, travail en équipe), réflexion autour des axes d’observation possibles.

-  2ème rencontre équipe d’école/équipes de circonscription : Présentation du dispositif par l’I. E. N. :

cadre institutionnel et objectifs : mieux comprendre une école à travers des regards croisés, questionner une école de manière collective

but : améliorer les résultats des élèves par quelques détours que ce soit

Rappel des fonctions de l’observation : identifier des points de fragilité, des points de progression, des points de réussites, discussion autour d’un axe d’observation à retenir.

Réflexion autour des difficultés rencontrées par l’équipe d’école. Choix de l’intitulé de la problématique : terminologie adéquate.

Établissement d’un calendrier des visites de classes et interclasse (accueils en classe, récréations, sorties de classe).

- Réunion d’équipes de circonscription : Élaboration d’une grille d’observation de pratiques enseignantes en fonction de l’axe d’observation retenu.

Élaboration du calendrier des visites (C. P. C., I. E. N. /classe, temps de visite, lieu de visite) et des réunions (réunion à mi-parcours, réunion bilan).

 

OBSERVATIONS DES PRATIQUES ENSEIGNANTES (CPC ou IEN)

Visites de classes  : variation des temps d’observations (de 30 mn à 45 mn).

Visites d’interclasse (entrées et sorties de classe), de récréations.

Analyse réflexive : Immédiatement après l’observation avec l’enseignant concerné (retour oral sur les points d’observation).

À la fin de la (demie) journée pour une analyse fine des pratiques : mise en réflexion de l’enseignant.

Réunions de bilan à mi-parcours : analyse des observations croisées, identification de la problématique d’école, perspectives de réajustements de l’observation. Réunions de bilan du dispositif : états de lieux de la mise en œuvre du dispositif.

Impressions générales des enseignants : vécu, contraintes et apports du dispositif.

Impressions générales des formateurs et inspecteurs : points positifs et limites du dispositif.

Transmission des éléments d’observations des équipes de circonscription à l’équipe d’école

Analyse des éléments d’observation : efficacité des pratiques pédagogiques par rapport à la problématique de l’école, émergence des besoins, définition de l’objet de la formation.

Perspectives de formation  : pistes de travail (modalités de la formation) et calendrier.

 

FORMATION COLLECTIVE DES ENSEIGNANTS DE L’ÉCOLE

1, 2 ou 3 jours de formation en fonction des disponibilités de la Brigade de remplacement.

Présentation des objectifs de la formation  : percevoir les gestes professionnels à transformer.

Rappel des observations de pratiques : mise en mots des pratiques, conscientisation.

Analyse des gestes professionnels : adéquation gestes et situations.

Proposition d’outils de réflexion :

1 - Construction de séances avec des formateurs, à mettre en œuvre ultérieurement (échanges en binôme, élaboration de documents écrits), présentation des séances au groupe en formation, réajustements collectifs des séances proposées, visites de classe pour les enseignants volontaires pour mettre en œuvre la séance reconstruite, analyse post-séance et réajustements possibles.

2 - Analyse de vidéos de pratiques enseignantes : mise à distance des gestes professionnels, échanges autour de la professionnalisation de l’enseignant.

3 - Lecture de documents didactiques et théoriques : mise en lien théorie/pratique pour le tissage des gestes professionnels.

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6. EVALUATION DU DISPOSITIF MIS EN ŒUVRE DANS LE VAL D’OISE

POINTS POSITIFS :

A la suite de l’évaluation d’école, les équipes se sont engagées dans des réflexions et des actions collectives sur :

Cohérence de cycle possible : Réunions d’équipe centrées sur le dispositif d’évaluation, sur l’analyse des pratiques pédagogiques individuelles et sur des pratiques pédagogiques collectives d’école. Modifications du contenu des réunions institutionnelles d’écoles. Développement de l’analyse réflexive individuelle et développement des échanges sur les pratiques entre les enseignants.

Progressivité des apprentissages en construction : Se mettre d’accord sur des outils et des méthodes communes aux différents cycles (outils pour écrire, règles de vie, progressions par domaines d’apprentissages, …).

Personnalisation du parcours des élèves : Prise de conscience de la nécessaire individualisation des parcours. Prise en compte de la progression individuelle de l’élève. Déculpabilisation des enseignants quant aux différents rythmes d’apprentissages des élèves.

Renforcement de la relation formateur – enseignant : Demandes de conseils, de visite de classe.

Renforcement de la mission pédagogique du directeur de l’école : Médiateur pour la pérennité des analyses et échanges sur les pratiques. Renforcement du travail d’équipe et de l’appartenance à une communauté éducative.

Renforcement de la motivation de l’enseignant, re-création de liens distendus en raison de la nouvelle organisation scolaire.

 

POINTS NÉGATIFS :

Temps de concertation hors temps de travail institutionnel.

Temps de formation trop court pour installer des changements de pratiques.

Effets du dispositif sur les résultats des élèves non évaluables pour l’instant.

Temps d’observation en classe vécu comme une inspection individuelle.

Observations de classe par les I. E. N. sont moins bien vécues (relation hiérarchique très présente) même si le contrat de communication est bien posé.

Perspectives d’accompagnement, de suivi et de régulation insuffisamment formalisées.

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7. ANALYSE GENERALE DU DISPOSITIF

- Effet pervers du titre  : évaluation d’école dixit accompagnement d’équipe. Le nom choisi évoque le modèle anglosaxon d’évaluation, alors que les termes d’ « évaluation formative d’équipes d’école » seraient plus appropriés compte tenu de ce qui est fait lors des différentes expérimentations.

- Enjeu de la commande : contrôle du ministère.

- Enjeu de la formation : transformation des pratiques pour des effets immédiats, à la différence de la formation continue volontaire et personnelle.

- Personnalisation des parcours enseignants calquée sur la personnalisation des parcours élèves.

- Prégnance de la culture de la performance : modèle de résultats attendus.

- Adaptation des départements au manque de cadre institutionnel.

- Question du modèle de la professionnalisation de l’enseignant : veut-on un enseignant réflexif ou un enseignant en conformité avec l’institution (utilisant les pratiques « dites » efficaces) ?

- Question de l’autoformation de l’enseignant dans le dispositif.

- Taxinomie provenant du monde de l’entreprise  : compétences, audit, pilotage, performance, contrôle de qualité, évaluation par objectif, gestion des ressources humaines, efficience de la gestion, …

- Effets pervers d’un dispositif très lourd et pris en charge par différents niveaux de personnes.
- Question de la liberté des acteurs
 : dans la présentation du dispositif, il y a la possibilité de refuser mais l’accord est souhaité, implicitement, par le supérieur hiérarchique.

-  Comment évaluer l’impact du dispositif sur les élèves et sur les enseignants ? Les seules évaluations nationales ne permettent pas d’en mesurer les effets.

- Impact sur la formation continue : dispositif de substitution plus proche des besoins des équipes avec une recherche d’efficacité d’utilisation des moyens.

- Dispositif supplémentaire à moyens constants : pas d’augmentation des moyens de remplacement, volontariat des équipes d’enseignants et de formateurs (réunions hors du temps scolaire).

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8. POUR ALLER PLUS LOIN

Vidéo (université d’automne 2011)  : http://www.snuipp.fr/Xavier-PONS-Le... Xavier Pons est maître de conférences à l’Université Paris-Est Créteil (UPEC) et chercheur associé à l’Observatoire sociologique du changement (OSC-Sciences-Po).Les politiques d’évaluation des écoles : tendances dans trois pays européens.

http://www.cafepedagogique.net/leme...

 

l’évaluation d’école et ses enjeux  : Un séminaire sur le thème de l’évaluation des écoles s’est tenu le 23 septembre 2011 au CDDP de Champigny-sur-Marne. Il était destiné à l’ensemble des personnels d’encadrement du Val-de-Marne. La communication de Philippe Claus, inspecteur général de l’Éducation nationale, doyen du groupe Enseignement primaire de l’IGEN, intitulée « L’évaluation d’école et ses enjeux », a fait l’objet d’un enregistrement vidéo proposé en sept parties. http://www.cndp.fr/crdp-creteil/ind...

 

http://pedagogie.ac-toulouse.fr/ien...

 

Inspection scolaire du contrôle à l’accompagnement (IFéN°67 nov 2011) :http://ife.ens-lyon.fr/vst/DA-Veill... une comparaison des systèmes d’inspection de différents pays et une synthèse des évolutions en cours. sommaire

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