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Dominique Bucheton : Accompagner les transformations du métier enseignant

Article écrit à partir de la conférence de Dominique Bucheton du 15 novembre 2012 à l’IUFM de Cergy , et de la conférence d’Yves Soulé d’octobre 2010 (Université d’automne du SNUIPP)

Dominique Bucheton, professeur des universités, IUFM de Montpellier, directrice du Laboratoire interdisciplinaire de recherche en didactique éducation et formation

Elle a notamment publié ou dirigé :

L’agir enseignant : des gestes professionnels ajustés, Octares, 2009 ;

L’atelier dirigé d’écriture au CP : une réponse à l’hétérogénéité des élèves, Delagrave, 2009 ;

Le développement des gestes professionnels dans l’enseignement du français : un défi pour la recherche et la formation, De Boeck, 2008.

 

Texte de l’article en PDF : PDF - 412 ko

 

ACCOMPAGNER LES TRANSFORMATIONS DU METIER ENSEIGNANT

Conférence de Dominique Bucheton le 15 novembre 2012 à l’IUFM de Cergy

Conférence d’Yves Soulé octobre 2010 à l’université d’automne du Snuipp

 

 

INTRODUCTION : Des défis à relever

Il va s ’agir de recruter et de conserver les nouveaux enseignants ; et ce problème est commun à tous les pays d’Europe.

Le métier d’enseignant est un métier en crise :

- Malaise des enseignants : les effectifs, l’hétérogénéité dans les classes, le salaire qui pour le premier degré est un des plus bas des pays de l’OCDE, le manque de reconnaissance sociale, le balai des injonctions paradoxales. Tous ces points rendent l’engagement dans ce métier difficile.

- Des transformations sociétales majeures : dans les relations sociales, au niveau de l’information, du développement des technologies, des perspectives d’emploi, des loisirs, des valeurs. Dans ce contexte, quel rôle pour l’école ?

- La nécessité d’une professionnalité renouvelée : qui sera plus ajustée aux besoins des nouveaux publics, plus collective, plus instrumentée et en phase avec les recherches, appuyée sur des valeurs qui respectent les personnes dans leur singularité. On est arrivé aux limites de notre système, il va falloir donc être inventif,créatif et utiliser les travaux des recherches .

Savoir résister :
- Aux élèves
 : qui aiment les tâches routinières, les tâches sans réflexion
- Aux collègues

- Aux instructions, à l’institution

- A la hiérarchie

- A soi-même

Porter un autre regard sur les élèves Être présent à l’élève dans sa singularité Développer un haut niveau de conscience professionnelle

Savoir résister aux réponses hâtives :

Les élèves manquent d’attention  : alors on va faire plus court

Manque de vocabulaire : on répète, parle à la place.

Manque de motivation : tâches ludiques

Manque de confiance : on va donner des tâches plus faciles

Manque de repères : on routinise, on sur étaye

Trop d’hétérogénéité : on sépare,

Faible niveau : tâches élémentarisées, éclatées

Trop d’agitation : on cadre, on empêche de parler

ETC….

Il s’agit de symptômes réels à traiter mais on trouve des réponses à ces symptômes, alors qu’il faut analyser les raisons de ces symptômes.

LES POSTULATS

- l’élève est une personne

-  Le postulat de développements conjoints langagier, psycho- affectif, cognitifs, social, culturel : d’où la complexité de l’agir enseignant Le développement des dimensions cognitives, relationnelles, culturelles, identitaires, langagières, est corrélé. L’école n’en prend pas la mesure. Quand je m’adresse à un élève, je m’adresse à toutes ces dimensions en même temps pour avoir une chance de capter son attention. Faire se développer et faire apprendre les élèves c’est créer les conditions de ce développement pluriel. Les élèves en difficulté n’arrivent pas à tisser des liens entre leur expérience scolaire et leur expérience sociale et personnelle

- Penser séparément le didactique et le pédagogique est contre-productif  : par exemple on ne peut pas penser l’autorité en dehors de la didactique : l’autorité est connectée aux contenus et à la matière de les présenter.

- Une double dynamique : le développement de l’élève et celui du maître sont indissociables. La réussite de l’élève est liée à celle de l’enseignant. Maîtres et élèves : des conduites partagées

-  Le postulat du rôle intégrateur et structurant du langage dans le développement de l’élève et dans l’agir enseignant Le rôle du langage un vecteur essentiel dans la classe : « Arrêter le silence du cours magistral »

 

 

PLAN DE L’EXPOSE :

1.Le modèle des gestes professionnels : un outil pour l’observation des pratiques et pour la formation et l’innovation

2. L’atelier dirigé : une transformation profonde des pratiques Dominique

PREMIERE PARTIE : Le modèle du multi-agenda

Les postures d’étayage des enseignants

Les postures d’apprentissage des élèves

Définition du geste professionnel :

- Il est inscrit dans une culture , une histoire personnelle

- Il est adressé et donc partagé (culture de la classe)

- Il a une visée spécifique (faire apprendre qq chose, éduquer à qq ch )

- Il utilise divers canaux (oral écrit corporel)

- II est situé et ajusté au contexte didactique : on modifie ses gestes professionnels au cours de l’année

- Il s’inscrit dans un système de gestes (postures)

Les préoccupations qui structurent les gestes professionnels.

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pilotage des tâches : C’est une gestion difficile pour un débutant. La notion du temps est l’organisateur de l’enseignement et également la difficulté majeure : difficulté d’appréhender le fait que le temps de l’enseignement et le temps d’apprentissage ne sont pas les mêmes : il ne suffit pas de bien expliquer pour que ce soit compris par les élèves. Il faut l’expérience du temps pour apprendre à gérer le temps, le matériel.

Atmosphère : pour faire apprendre quelqu’un, il faut lui donner un espace pour penser et un espace pour parler. L’atmosphère va se modifier constamment pour maintenir l’attention, pour raccrocher l’attention. Dans le feed-back soit on ouvre au dialogue et à la pensée soit on ferme l’envie de prendre la parole.

Le tissage  : L’enseignant doit avoir le soucis permanent : est ce que ce que je fais, fait sens pour l’élève ? Est ce que ça va lui servir, est ce que ça évoque pour lui quelque chose de connu, pourquoi on fait ça ….

avant de commencer : ce qu’on va faire ? Pourquoi ? Comment ?

Pendant la séance

à la fin : pourquoi on a fait ça, ce qu’on a appris, comment on a fait … Il faut faire et penser ce que l’on fait. Comment, pourquoi...

Dans l’enseignement traditionnel on note 7% de gestes professionnels de tissage et 50% dans le technique.

Etayage : Faire comprendre Faire dire Faire faire et non pas faire à la place

objet de savoir, techniques : Chez les enseignants débutants l’identification de l’objet d’apprentissage est difficile, parce que tous les objets d’enseignement sont enchâssés les uns dans les autres.

Qu’est-ce que ce modèle du multi agenda de l’agir enseignant ? (entretien avec D. Bucheton université d’automne du SNUIPP 2010) Enseigner est un métier, non un don, une architecture très complexe de gestes professionnels qui permettent une grande diversité d’ajustements : à l’hétérogénéité des élèves, à la diversité des objets de savoir, à la diversité des contextes scolaire, des outils disponibles, bref à la vie de la classe. Le modèle du multi-agenda rend ainsi compte d’une sorte de grammaire élémentaire des gestes professionnels combinant en permanence et diversement cinq préoccupations centrales : ouvrir un espace de parole et de pensée (l’atmosphère), faire avancer dans le temps et avec divers dispositifs et instruments de travail les apprentissages (le pilotage), faire du lien avec ce qui est déjà appris, ce qui va suivre, ce qui a été appris ailleurs (le tissage), faire travailler et formuler les objets de savoirs , faire faire, accompagner, lâcher prise , contrôler, enseigner (l’étayage). Le modèle décrit donc le sens de chaque geste adressé aux élèves. La diversité des postures d’étayage des enseignants évoluent en fonction de l’avancée de la leçon, mais aussi du milieu scolaire ou du développement professionnel. Ainsi on observe qu’un enseignant débutant est pour l’essentiel dans deux postures : contrôle et enseignement magistral, alors qu’avec l’expérience, il circule dans des formes d’accompagnement plus souples.

 

 

LES POSTURES

Définition  : C’est une combinaison momentanée de gestes pour résoudre un problème C’est une forme d’engagement Chaque individu dispose d’une panoplie plus ou moins ouverte de postures

La diversité des postures d’étayage :

- La posture d’enseignement  : L’enseignant met des mots sur les savoirs, théorise, met des concepts en relation. C’est le moment où il y a des savoirs qui sont nommés. Conceptualisation

- La posture de lâcher-prise : on laisse les élèves en autonomie

- La posture de contrôle : l’enseignant contrôle tout. C’est lui qui pilote l’avancée de son enseignement.

-  Posture d’accompagnement : laisser le temps aux élèves pour qu’ils puissent penser, réfléchir. On est souple. L’atmosphère est ouverte, amicale.

- Posture du « magicien » : on ne prend pas le temps de l’explication. L’efficience serait liée à la capacité de circuler dans ces diverses postures

Les débutants utilisent souvent essentiellement des postures de contrôle et d’enseignement. Le travail de la formation c’est d’aller à contre-courant du contrôle de la frustration (cf Bruner : ne pas créer une trop grande dépendance de l’élève à l’égard de l’enseignant). Il faut résister à soi même, à son désir d’aider. On ne traite pas toutes les questions tout de suite, on laisse l’élève continuer à penser : il faut laisser monter la construction de la réponse.

Toutes les postures sont nécessaires, à des moments différents et selon les situations : par exemple la posture du « magicien » si on veut capter l’attention, amener le désir)

 

 

Postures d’apprentissage des élèves

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Les recherches réalisées montrent des différences entre les élèves des milieux favorisés et les élèves de milieux défavorisé : les élèves en ZEP sont plus dans les postures « scolaires » et « premières » et 70% de ces élèves n’ont que deux postures. Alors que dans les milieux favorisés, les élèves ont à 70% 5 postures.

Ce qui caractérise un élève de ZEP, est le fait d’avoir moins de postures à sa disposition. Ce qui fait la différence dans leur histoire scolaire : les parents et le milieux, et l’école qui construit des postures scolaires et premières.

Peut-on comprendre la dynamique des ajustements réciproques de postures ?

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Les postures d’accompagnement vont plutôt engendrer des postures réflexive chez les élèves. De même que des postures de contrôle généreront des postures scolaires ou premières.

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Qu’est ce qui fait qu’on change de posture ?

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Il y a analyse très rapide de la situation. Les postures de l’enseignant et des élèves se jouent dans l’interaction de perception réciproque de la situation. Ceci se fait avec grande vitesse et ça se modifie sans cesse. C’est le métier de l’ajustement constant. Il demande donc une capacité d’écoute, d’observation.

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DEUXIEME PARTIE : L’atelier dirigé : une transformation profonde des pratiques

Créer les conditions d’une co-activité efficience : l’atelier dirigé

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"L’atelier dirigé d’écriture en Cycle 2 : un dispositif et des gestes professionnels spécifiques pour accompagner l’entrée dans l’écrit et mettre en travail positivement l’hétérogénéité des élèves. » :

http://www.snuipp.fr/Yves-SOULE-L-atelier-dirige-d

Bibliographie : Bucheton Dominique, Yves Soule,L’atelier dirigé d’écriture au CP, une réponse à l’hétérogénéité des élèves, Pédagogie et formation, Editions Delagrave

L’importance de dispositifs :

- où l’hétérogénéité est un « plus »

- Où la parole singulière de l’élève est mise en travail

- Où l’accompagnement est le fait du groupe comme du maître

 

Finalités de l’atelier dirigé :

L’enseignant se rend disponible pour observer, comprendre, diagnostiquer, accompagner les problèmes didactiques,affectifs, cognitifs,etc des élèves

La mise en place chez les élèves de postures d’apprentissage

- cognitives (questionner, faire des liens, chercher, essayer induire , etc

-sociales (demander, aider, discuter)

-  Langagières :nommer, discuter, argumenter, expliciter La mise en place de gestes d’étude spécifique de la discipline

 

L’atelier d’écriture doit être pensé comme dynamique et évolutif.

C’est un espace d’apprentissage où les élèves s’essayent à l’écriture, mais aussi lisent, discutent, expriment leurs difficultés, construisant de fait un rapport plus synthétique à la langue et au langage.

• Il met en jeu des procédures d’accompagnement et d’étayage spécifiques qui ne visent pas l’objet écrit, finalisé et normé, mais les stratégies des élèves.

• D’où l’importance de la conduite langagière adoptée, de la gestion des interactions avant, pendant et après le temps effectif de production, pour comprendre comment les élèves s’y prennent quand ils écrivent et les inciter à dire comment ils le font.

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ANNEXES :

conférence de D. Bucheton janvier 2008 : Faire écrire les élèves avec une attention particulière à la difficulté : Quels gestes professionnels ? http://webtv.ac-versailles.fr/spip.php?article336

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