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17 novembre 2011

Évaluation des enseignants : un projet inacceptable et dangereux !

Avancement, Promotion et Évaluation des enseignants... Le ministère veut modifier en profondeur les modalités d’évaluation des enseignants.

Pour le ministère, les projets de décret et d’arrêté portant de profondes modifications sont déjà prêts pour être appliqués dès la rentrée 2012.

Il faut tout mettre en œuvre pour nous y opposer. Pourquoi ?

Le projet d’arrêté confie à l’Inspecteur de l’Éducation Nationale (chef d’établissement dans le second degré) l’entretien d’évaluation effectué tous les trois ans sur des critères contraires à la complexité du métier d’enseignant.

Impacts sur l’avancement et le déroulement de carrière

La carrière des professeurs des écoles serait « recalibrée ». Une seule durée d’échelon serait conservée : l’ancienneté.

Comparaison de la grille d’avancement actuelle et du projet :

Grille d’avancement actuelle

ÉchelonGd choixChoixAncienneté
10ème au 11ème3 ans4 ans6 mois5 ans 6 mois
9ème au 10ème3 ans4 ans5 ans
8ème au 9ème2 ans 6 mois4 ans4 ans 6 mois
7ème au 8ème2 ans 6 mois3 ans3 ans 6 mois
6ème au 7ème2 ans 6 mois3 ans3 ans 6 mois
5ème au 6ème2 ans 6 mois3 ans3 ans 6 mois
4ème au 5ème2 ans2 ans 6 mois2 ans 6 mois
3ème au 4ème--1 an

Projet

Plus qu’une seule cadence d’avancement, la plus défavorable : l’ancienneté.

ÉchelonProjet
10ème au 11ème5 ans 6 mois
9ème au 10ème5 ans
8ème au 9ème4 ans 6 mois
7ème au 8ème3 ans 6 mois
6ème au 7ème3 ans 6 mois
5ème au 6ème3 ans 6 mois
4ème au 5ème2 ans 6 mois
3ème au 4ème1 an

Une « petite carotte »

Le principe qui prévaut est que l’entretien de carrière est assorti d’une « petite carotte » pour les enseignants. En effet, l’Inspecteur de l’Éducation Nationale (chef d’établissement dans le second degré) peut proposer « une réduction d’ancienneté », raccourcissement de carrière pour les personnels.

- Ce raccourcissement peut être de 5 mois tous les 3 ans (durée prévue entre chaque entretien) pour 30 % du corps (ce qui pourrait correspondre au grand choix).

Cela entraînerait un allongement de carrière pour les personnels promus le plus rapidement : passage de 18 ans, dans le système actuel, à 26 ans et 8 mois dans le projet de décret, soit 8 ans et 8 mois de plus.

- 50% de personnels peuvent obtenir un raccourcissement de 2 mois tous les 3 ans (à chaque entretien de carrière), ce qui pourrait correspondre au choix.

Cela entraînerait un allongement de carrière pour les personnels promus au rythme moyen de 26 ans dans le système actuel à 28 ans et 4 mois dans le projet de décret, soit 2 ans et 4 mois de plus.

- Cela n’entraînerait pas de modification pour une carrière à l’ancienneté : il faudrait 30 ans pour atteindre le 11ème échelon.

Le projet ne prévoit, pour la période 2012-2015, aucune procédure d’avancement d’échelon autre que l’avancement au rythme le plus défavorable : l’ancienneté.

Non content de sacrifier leur métier, le ministère veut aussi rogner le pouvoir d’achat des enseignants.

C’est une économie énorme pour le gouvernement. En rallongeant la durée d’avancement, le ministère prive les personnels de la source principale d’augmentation de salaire (en particulier avec le gel du point d’indice).

C’est une attaque extrêmement importante contre notre pouvoir d’achat !!!

La « rémunération au mérite » mérite notre REJET

Faut-il le rappeler, la rémunération au mérite est une valeur venant de l’entreprise. Mais comment évaluer une activité complexe, multidimensionnelle, difficile à enfermer dans des critères quantitatifs comme l’enseignement et celle ou celui qui le dispense ?

Le projet de décret du gouvernement se propose d’identifier la « valeur ajoutée » que peut représenter l’enseignant vis-à-vis de la réussite de ses élèves.

Dans les années quatre-vingt, des tentatives ont eu lieu aux États-Unis fondées sur les avis de la hiérarchie. Échec total suite à une opposition résolue des enseignants face à la systématisation de dérives apparentant davantage ce système à du favoritisme, à une « note de gueule » qu’à l’évaluation d’une quelconque efficacité.

Le premier effet (constaté aux USA ou en Grande Bretagne) sera une baisse d’ambition et l’organisation d’un bachotage sur les matières testées. De plus, les accumulations statistiques induites par ce type de modèle n’apportent rien à l’enseignant sur sa connaissance de ses élèves. Par contre, elles peuvent aboutir à contrôler et standardiser les pratiques dans les classes.

Les effets pervers sont prévisibles : augmentation des tensions quant à la prise en charge des élèves « difficiles », évitement exacerbé des écoles « difficiles », tension entre collègues sur la responsabilité du niveau d’une classe ou de certains élèves.

La nature et l’efficacité de l’acte pédagogique sont en partie liées au contexte d’enseignement, c’est-à-dire à la classe et aux élèves qui la composent. Or, les entretiens vont se dérouler hors de la classe à base de données statistiques. Les éléments de contexte (conflictualité entre élèves, hétérogénéité, comportements des élèves plus ou moins invasifs etc.) ne seront pas perçus comme ils peuvent l’être quand le contact humain avec la classe est possible.

Hiérarchie quand tu nous tiens...

Dans le projet de décret, une institution comme l’école qui fonctionne sur la base d’un conseil des maîtres est une anomalie.

Le projet de décret renforce le pilotage des écoles par des IEN. Théoriquement, ils devront recevoir les collègues une fois tous les trois ans pour faire le point sur les objectifs. Cet entretien entrainera une évolution de carrière éloignée de toute pratique professionnelle réelle.

C’est un renforcement du pouvoir hiérarchique avec le risque de mise en place de petits « potentats » locaux.

Il est également prévu que le supérieur hiérarchique puisse faire faire l’entretien par un autre personnel. Directeurs transformés en chefs d’établissement dans le 1er degré ?

Un autre aspect du projet de décret fait référence à plusieurs reprises à « la manière de servir » des enseignants. Un enseignant qui applique une consigne syndicale correspondant à ses convictions sera-t-il « oublié » ?

Ces 2 projets sont donc totalement inacceptables, ils constituent une agression frontale contre les personnels et transforment le rôle de l’École.

C’est aussi une marque de mépris à l’égard du travail accompli par les enseignants dans leur classe. C’est enfin une volonté de transformer des personnels concepteurs de leur métier en simples exécutants de directives imposées.

A lire :

Communiqué du SNUipp FSU du 16 novembre 2011

PDF - 146.6 ko
Projet d’arrêté
PDF - 425.3 ko
Projet de décret

 

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