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16 février 2008

Devoir de mémoire : en rester aux programmes

Communiqué de presse du SNUipp

Confier à chaque enfant de CM2 la mémoire d’un des 11.000 enfants français victimes de la Shoah, telle est le nouvelle injonction du Président de la République. Cette annonce a été prise sans consulter les professionnels de l’éducation, de la santé ou de l’histoire. Elle est peu adaptée au travail de mémoire en cycle 3 et pourrait avoir un effet contraire à l’objectif affiché.

Pour le SNUipp, en cherchant à individualiser « car rien n’est plus intime que le nom et le prénom d’une personne », le Président méconnaît gravement les risques psychologiques qu’une telle démarche pourrait entraîner : identification, rejet de cette identification, sentiment de culpabilité ou de responsabilité vis-à-vis du destin d’un enfant mort dans des conditions dramatiques.

La charge émotionnelle d’un enfant mort est très lourde à porter pour un enfant de 10 ou 11 ans, elle peut fragiliser des enfants en plein développement.

Le SNUipp déplore cette annonce. Il rappelle que « l’extermination des juifs et des tziganes par les nazis, crime contre l’humanité », fait partie des programmes du cycle 3. Pour le SNUipp, le travail de mémoire sur la Shoah est indispensable. C’est une question professionnelle qui doit être menée par chaque enseignant dans sa classe, avec précaution.

De manière générale, les programmes de l’école élémentaire et les activités pédagogiques ne doivent pas faire l’objet d’intrusions politiques ou d’annonces médiatiques effectuées dans la précipitation.

Paris, le 15 février 2008

Libération du samedi 16 février 2008

Shoah. Simone Veil contre l’idée de faire porter la mémoire d’un enfant déporté aux élèves.

La condamnation paraît sans appel. Simone Veil juge « insoutenable » la proposition de Nicolas Sarkozy de « confier » aux élèves de CM2 la mémoire des 11 000 enfants juifs de France assassinés par les nazis. Ce désaveu, venant de celle dont le soutien lui fut si précieux pendant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy ne l’avait pas anticipé. Après Neuilly et la séquence people, le coup est très dur, venant d’une amie à qui il vient de confier le soin de rédiger un nouveau préambule de la Constitution. Venant de la présidente d’honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, cette critique risque d’être fatale au projet présidentiel.

« Trop lourde ». Vendredi, Simone Veil se confiait sur le site de l’Express : « Mon sang s’est glacé. C’est inimaginable, insoutenable, dramatique et, surtout, injuste. On ne peut pas infliger ça à des petits de dix ans, on ne peut pas demander à un enfant de s’identifier à un enfant mort. Cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter. » L’Union des étudiants juifs de France, la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme, Régis Debray, et Pascal Bruckner ont fait part de leurs réticences. Plusieurs psychologues et psychiatres ont parlé « d’aberration », pointant les risques d’une expérience « traumatisante ».

D u côté des politiques, Ségolène Royal y a vu « un manque de respect et une étonnante légèreté » tandis que François Bayrou a dénoncé un « mélange des genres entre émotion et Histoire » . L ’initiative avait pourtant été saluée jeudi par de nombreuses personnalités, notamment par François Hollande et le président de l’Association des fils et filles des déportés juifs de France Serge Klarsfeld. A l’Elysée on tentait vendredi soir de se rassurer en laissant entendre que la réaction de Simone Veil était plus la manifestation de « désaccords anciens » avec Serge Klarsfeld qu’un véritable rejet du discours présidentiel.

Vendredi matin, alors qu’il n’avait pas encore connaissance des propos de Simone Veil, Nicolas Sarkozy s’était expliqué dans un discours sur l’école prononcé à Périgueux. Son initiative sur la mémoire des enfants juifs doit être intégrée dans une vaste entreprise de reconquête des « valeurs ». Grammaire et orthographe mais aussi drapeau et hymne national, le Président n’hésite pas à prétendre qu’il engage l’école dans la « plus importante réforme » des dernières décennies.

« Cadeau ». Et cette réforme passe par la restauration de « l’éducation civique et morale ». « C’est dans ce cadre que s’inscrira l’initiation des enfants au drame de la Shoah », a souligné le chef de l’Etat. Il suggère à ceux qui le critiquent de « s’offusquer » plutôt de « la vulgarité organisée qu’on laisse à portée de nos enfants ». « On ne traumatise pas les enfants en leur faisant ce cadeau de la mémoire d’un pays », a-t-il affirmé, confiant qu’il s’agissait là d’une conviction forte, celle-là même qui lui inspira la lecture obligatoire de la lettre de Guy Môquet, cet « adolescent qui a choisi de mourir debout ».

En intégrant l’enseignement de la morale et la transmission de la mémoire à son projet de réforme d’une école primaire qui laisse 15 % de ses élèves en situation de « détresse scolaire », Nicolas Sarkozy prétend mettre « concrètement » en œuvre sa « politique de civilisation ». Le pays, à l’évidence, n’est pas tout à fait convaincu.

CATHERINE COROLLER et ALAIN AUFFRAY (envoyé spécial à Périgueux)

Libération : samedi 16 février 2008

 

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